On parle beaucoup de la difficulté à recycler les plastiques qui sont issus du pétrole, mais on comprend bien l’économie de matière, d’énergie et l’effet sur notre balance commerciale que représenterait leur recyclage. « Triages et lavages sont les deux mamelles de l’économie circulaire » dont nous, consommateurs, sommes parties prenantes.
Les familles de plastiques (1) :
Pour les reconnaître on peut se servir du sigle de recyclage dit « anneau de Möbius » qui est un triangle avec des côtés sous forme de flèches et au centre des numéros correspondants aux types de polymères. Symbole qui doit être visible sur chaque objet ou récipient.

Concrètement, on peut dire que les plastiques qui se recyclent bien sont de la famille des polyéthylènes-téréphtalates (PET), des polyéthylènes haute densité (PEHD) et des polypropylènes (PP), c’est-à-dire la plupart des contenants, bouteilles d’eau, sodas, huiles, shampoings, liquides vaisselles etc. Ces bouteilles doivent être jetées dans la poubelle jaune avec les autres déchets d’emballage tels que les cartons, l’aluminium, le fer, en attendant que des bacs ou conteneurs de collecte sélective pour les emballages plastiques soient disponibles. Pour le PET on y trouvera les emballages alimentaires, les bouteilles de boisson, les rembourrages de peluches ou de coussins et même les cartes de crédits ou de fidélité… Si vous les jetez !
Ils se recyclent bien plus facilement que les PEBD ou LDBE. Concernant le polystyrène (PS), il en existe de plusieurs types, qu’il faut séparer pour avoir une famille PS bien homogène (en particulier à séparer du PS expansé).
Après avoir bien porté attention au tri personnel de vos emballages dans la poubelle jaune, les municipalités ou communautés en charge de la collecte et d’un premier tri sélectif, envoient des balles de déchets aux centres de traitement. Après déballement, les déchets passent sur un convoyeur à bande où des dents dirigent spécifiquement les bouteilles qui sont débarrassées du cerclage en fil de fer par des aimants. Elles sont dirigées vers un cylindre de pré-lavage qui permet de retirer les étiquettes et corps étrangers qui après séchage sont soufflés vers une zone externe.
Les bouteilles passent ensuite devant des capteurs optiques qui identifient la couleur et la nature des matériaux et séparent les restes de polymères autres que le PET. Elles sont ensuite dirigées vers un broyeur sous eau, qui les transforme en paillettes de moins de 10 mm. Les paillettes sont immergées dans une cuve d’eau avec des additifs de flottaison qui permet par exemple de séparer le PET qui coule (d ≥ 1) des bouchons, qui eux, flottent. C’est la même méthode qui permet de séparer les polypropylènes et polystyrènes de matières de densités différentes.
Les paillettes extraites des cuves par une vis sans fin sont dirigées vers un cylindre de lavage à friction où elles se frottent entre elles pour éliminer les impuretés comme dans une machine à laver. Elles passent ensuite dans une cuve de rinçage, essorées par centrifugation elles sont séchées à l’air chaud puis criblées pour contrôler la granulométrie.
Beaucoup de procédés se concluent par une extrusion(i) à 250° C pour une purification plus à cœur du polymère en éliminant certains additifs ou colorants puis par une granulation.
Le plastique recyclé est enfin stocké sous forme de granulés pour envoi chez les plasturgistes vers « une nouvelle vie ».
Il faut améliorer le tri (tri optique et IA), la décontamination en profondeur pour la pureté et en amont « l’écodesign » pour n’avoir que des objets comportant un seul polymère (PET ou PP) et non un mélange de plusieurs macromolécules.
L’organisme semi-privé Citeo(ii) a été chargé d’accélérer et d’améliorer le recyclage des plastiques. Il a ainsi investi plus d’une cinquantaine de millions d'euros provenant de « l’éco-contribution » dans au moins quatre sites de « SURTRI » en partenariat avec des entreprises dont le dernier en juin 2026 à Mende (48). Ces centres reçoivent des balles qui contiennent des bouteilles de lait en PET opaque blanc, des emballages en polystyrène, des barquettes en PET, des emballages colorés. Dans ces centres, une dizaine de machines affinent le tri optique nouvelle génération avec des algorithmes commandant des robots et permettant, après le circuit du lavage, d’extruder des plastiques avec un taux de pureté de 98%. Fin 2026 c’est environ 100 000 tonnes qui pourraient ainsi être produites.
Il faut noter cependant que la réutilisation des plastiques recyclés pour l’alimentaire et le médical est interdite avec la réglementation actuelle, réglementation qui pourrait évoluer.
Et si la voie mécanique est la plus courte et la moins énergétique, elle présente plusieurs défauts. Elle ne permet pas de recycler les mélanges complexes et les polymères thermodurcissables et dégrade progressivement les propriétés qui font qu’en fin de vie certains plastiques d’emballage terminent en pulls (par ex. les « polaires ») ou en bancs publics (pour les thermodurcissables), ou en enfouissement.
C’est entre 2 et 5 millions de tonnes de déchets plastiques qui sont jetés. Seuls 26 % sont recyclés, 43 % sont incinérés et 21 % enfouis. Compte tenu des objectifs fixés par Bruxelles à 50 % recyclés la France paye à l’Europe une amende importante. Sur les bouteilles en plastiques 55 % sont recyclées alors que l’objectif était de 77 % pour 2025. C’est pourquoi le 18 juin 2026 le ministre de la transition écologique a publié un « Plan plastique : 12 leviers pour réduire, réemployer et recycler les emballages plastiques ».
Ce plan insiste sur la sobriété (diminution des emballages), le réemploi (consigne des bouteilles) et le recyclage (développement industriel et innovations). Sur l’Hexagone il y a 780 sites de collectes et de triages, 38 entreprises de recyclage des plastiques, parmi lesquelles les principales sont Paprec Group, Suez, Veolia, Valorplast, Baudelet Environnement, TotalEnergies…, pour un chiffre d’affaires de 175 millions, à 90 % pour le recyclage mécanique, plutôt en baisse compte tenu des prix bradés de la matière neuve (3).
(i) L'extrusion consiste à pousser la matière fondue à travers une filière pour lui donner une forme continue par exemple un tube, un fil…)
(ii) Les centres de surtri : le nouveau maillon de la chaîne du recyclage en France, société Citeo
Pour en savoir plus
(1) Recycler les matériaux, une des réponses pour une économie circulaire . Illustration pour les polymères, J.F. Gérard, Colloque Chimie et matériaux stratégiques, Fondation de la Maison de la Chimie (2023)
(2) Comment le recyclage en chimie contribue-t-il à l’économie circulaire ?, E. Besson, Fiche grand oral du bac- Mediachimie/Nathan
(3) Recyclage des plastiques vers une économie circulaire, Estelle Chéret, Conférence Colloque Chimie, recyclage et économie circulaire, Fondation de la Maison de la Chimie (2023)
(4) Le recyclage des plastiques en crise, J.-Cl. Bernier, éditorial septembre 2026, Mediachimie.org
(5) Zoom sur le recyclage chimique des plastiques, J.-Cl. Bernier et F. Brénon, Mediachimie.org
(6) Zoom sur « l’ultra fast fashion » et le recyclage des textiles (à venir) J.-Cl. Bernier, Mediachimie.org
Crédit illustration : Heng Heng - AI Stock / AdobeStock