Date de publication : Mercredi 30 septembre 2026
Rubrique(s) : Éditorial

Alors qu'en mai 2026 les industriels de la plasturgie mettaient des lignes de production à l’arrêt et encourageaient leurs ouvriers et techniciens à prendre leur reste de congés ou vacances anticipées, faute de polymères, nombre d’usines de recyclage de plastiques avaient déjà mis la clé sous la porte en 2025 faute de débouchés.

Pour les plasturgistes, c’était comment faire face aux augmentations folles du polyéthylène et du polypropylène qui, en un mois, avaient atteint plus de 50 %, suite à la guerre en Iran et aux arrêts des lignes de production de pétrochimie du Moyen-Orient.

Pour les usines de recyclage, c’est au contraire le manque de demandes des produits recyclés face à la baisse du coût des produits neufs due au dumping chinois. Cette situation contrastée est le résultat du manque de visibilité de la politique européenne et de son application nationale concernant l’utilisation des plastiques et leurs politiques circulaires. S’y ajoute le manque de protection économique de notre vieille Europe concernant des productions en chimie, comme en métallurgie et dans l’automobile vis-à-vis des pays asiatiques où ces productions sont largement subventionnées et ont bien moins de contraintes liées à l’environnement.

On distingue deux grandes voies de recyclage des déchets plastiques.

Le recyclage mécanique

La collecte du déchet est suivie du tri et de sa décontamination pour purifier et enlever le maximum de matières étrangères afin d’obtenir, après fusion, des granulés ou paillettes vendus aux plasturgistes. C’est le procédé qui est le plus économique du point de vue énergie et donc le plus écologique, mais on ne peut pas recycler à l’infini, car les propriétés d’usage des objets après 2 ou 3 cycles sont perdues. Il faut améliorer le tri (tri optique et IA), la décontamination en profondeur pour la pureté et en amont « l’écodesign » pour n’avoir que des objets comportant un seul polymère (PET ou PP) et non un mélange de plusieurs macromolécules. Par ailleurs les applications alimentaires, cosmétiques et médicales excluent les plastiques recyclés mécaniquement. Les étapes de ce recyclage sont développées dans le « zoom sur le recyclage mécanique des plastiques » (1).

Le recyclage chimique

Le but est ici de retrouver les molécules de départ avant polymérisation. Il existe plusieurs procédés : la pyrolyse, la solvolyse, la gazéification, la dissolution, la dépolymérisation enzymatique… Les différents procédés de ce recyclage et leurs problématiques sont développés dans le « zoom sur le recyclage chimique des plastiques » (2).

Du point de vue industriel, c’est la pyrolyse qui est pratiquée, par exemple par TotalEnergies sur le site de Grandpuits avec un procédé britannique de Plastic Energy. Les balles de déchets fournies par le recycleur Paprec sont décompactées et débarrassées des résidus ferreux puis fondus à 270 °C sous 5 bars. La pâte fondue est introduite dans des réacteurs durant plusieurs heures à 450°C et donne 70% d’huile de pyrolyse qui pourra être réinjectée dans une coupe pétrolière (le naphta) puis subir le vapocraquage pour redonner des monomères. Actuellement l’installation de Grandpuits fournit environ 60 tonnes de tacoil par semaine avec l’objectif d’en fournir autant par jour d’ici fin 2026. Évidemment, le procédé est plus gourmand en énergie et demandera une plus-value à la vente. Les industriels du recyclage chimique espèrent cependant que la prochaine règle imposant d’utiliser plus de 10 % de matière recyclée dans les emballages alimentaires fera démarrer la demande.

Quel bilan ?

Dans le monde la production de matière plastique est en constante augmentation (3) : de 360 millions de tonnes en 2018 on était proche de 400 Mt en 2025, avec une prévision de 500 Mt en 2030 principalement en Asie. En Europe, sur 50 Mt consommées, 30 sont collectées, 10 sont recyclées et 5 sont réellement remises en circuit, soit à peine 10 % de la consommation. Le taux de recyclage pour les plastiques est en France de l’ordre de 26 %, 42 % sont valorisés pour la production d’énergie (incinération) et de l’ordre de 32 % mis en décharge. Alors que l’Europe avait fixé 50 % pour le recyclage et 77 % pour le recyclage des bouteilles pour lesquelles nous n’atteignons que 55 %.

Les choses ne sont pas près de s’améliorer. En Europe, une trentaine d’entreprises du recyclage ont fermé représentant près de 900 000 tonnes de capacités. En France les grands du recyclage comme Paprec et Véolia mettent le pied sur le frein et les petites structures n’ont pas résisté. Pour le recyclage chimique, l’américain Eastman a mis le projet d’usine en Normandie en sommeil. De même à Carling le projet Loop industrie est arrêté. Carbios (4) avec un procédé enzymatique original attend plusieurs centaines de millions d’un tour de table pour confirmer son implantation en Meurthe-et-Moselle. Seul TotalEnergies a lancé la production en 2026, malgré la mise sous tutelle financière de son associé Plastic Energy.

Le business remplace l’écologie ?

Alors que les industriels du recyclage ont investi près de 6 Mds en Europe pour doubler les capacités de recyclage, la demande ne suit pas, elle stagne et même a diminué en 2025, car les acteurs du secteur ont vu le prix du plastique vierge chuter de 20 à 30 % avec l’arrivée de nouveaux producteurs de Chine et du Moyen-Orient sans aucune traçabilité. On a même vu sur le marché de « faux » plastiques recyclés en provenance de Chine avec des certificats de conformité « bidons », les codes douaniers étant dans l’impossibilité de faire la différence. Bruxelles est en train de mettre au point pour septembre 2026, un système protecteur de contrôle aux frontières et d’imposer notamment dans l’emballage un quota obligatoire de recyclés d’origine européenne mais… un peu tard.

La présidente de Veolia rappelle que le recyclage est bien plus qu’un enjeu environnemental (5), c’est un levier de souveraineté économique. Les plastiques recyclés créent des matières premières 100% locales. Chaque tonne de recyclé provient d’une chaine d’approvisionnement courte sans dépendance aux marchés mondiaux volatils et des matières produites chez nous avec nos propres déchets. Elle souhaite favoriser le recyclage mécanique, financer les usines, plutôt que les circuits administratifs et donner une prime aux entreprises qui choisissent les matériaux recyclés d’origine européenne.

Le cauchemar français

Alors que la France doit payer à l’Europe 1,5 milliard d’euros d’amende pour ne pas avoir atteint ses objectifs assignés, 35 000 entreprises montent au créneau concernant un « ovni technocratique » qu’est devenue la collecte et le recyclage des emballages ménagers. Il s’agit de « l’écocontribution » redevance annuelle payée par les fabricants qui mettent sur le marché yaourts, desserts, cocas et autres lessives, suivant le principe du « pollueur payeur ». Cette taxe varie en fonction du volume et du type de déchets.

C’est un organisme privé, Citeo, qui collecte cet impôt et doit en principe le reverser aux collectivités et mairies qui mettent à disposition les fameuses poubelles jaunes. Là où ça coince, c’est que la contribution pour les fabricants est passée de 800 millions en 2000 à 1,6 milliard d’euros en 2025. Les entreprises pointent la dérive salariale et administrative de Citeo et la responsabilité de l’État concernant les consignes des bouteilles plastiques dont le principe avait été inscrit dans la loi AGEC (Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire). Je ne sais pas si vous avez déjà rencontré les machines permettant de récupérer quelques centimes contre la remise d’une bouteille PET, j’en ai rencontré une il y a quelques mois qui s’est empressée d’être en panne quelques jours après… Et il paraît qu’elle n’est pas la seule. Il semble que les collectivités locales sont vent debout contre la consigne, car, dès qu’un emballage est déposé dans la poubelle jaune, il devient la propriété de la collectivité qui peut ensuite valoriser son contenu (alumium notamment) et se faire une recette qui compense un peu la baisse des subventions de l’État.

Pour conclure ?

Une expertise collective menée par le CNRS et l’INRAE (6) suite à l’échec du sommet de Genève en 2025 sur la pollution plastique note que la seule solution permettant de limiter celle des mers, des sols et des organismes vivants est la diminution drastique de la production. Les auteurs vont même jusqu’à écrire : « recyclage du plastique : une solution contre-productive » et, devant la faiblesse en pourcentage et efficacité de celui-ci, conclure que la seule solution est l’arrêt de la production du plastique vierge et que le recyclage n’est que le mythe pour légitimer les pratiques de consommation.

Et vous, avec votre poubelle jaune, qu’en pensez-vous ?

Jean-Claude Bernier
septembre 2026

 

Pour en savoir plus

(1) Zoom sur le recyclage mécanique des plastiques, J.-Cl. Bernier et F. Brénon, Mediachimie.org
(2) Zoom sur le recyclage chimique des plastiques, J.-Cl. Bernier et F. Brénon, Mediachimie.org
(3) Polymères stratégiques pour l’industrie : bioressources, recyclage, quelles stratégie ? D. Bortzmeyer, Colloque Chimie et matériaux stratégiques, Fondation de la Maison de la Chimie (2022)
(4) Matériaux de spécialité pour une économie circulaire, illustrations des problématiques sur le recyclage des pales d’éoliennes, A. Ajdari, Colloque Chimie, Recyclage et Économie circulaire, Fondation de la Maison de la Chimie (2023)
(5) Recyclage des plastiques… vers une économie circulaire, E. Cheret, Colloque Chimie, Recyclage et Économie circulaire, Fondation de la Maison de la Chimie (2023)
(6) Recyclage plastique une solution contre-productive, M. Lerolle, CNRS Le Journal (septembre  2025)
 

Crédit illustration : exentia / AdobeStock


Source URL: http://www.mediachimie.org/actualite/le-recyclage-des-plastiques-en-crise