Mots clés : portrait-carte, collodion, portrait-équestre, service photographique de l’armée
Date de publication : Vendredi 30 octobre 2026
Un pionnier de la photographie, Eugène Disdéri (1819-1889)

Après les avancées de Joseph-Nicéphore Niepce (1765-1833), de Louis Daguerre (1787-1851) et la révélation de François Arago (1786-1853) à l’Institut (19 août 1839), de nombreux « photographes » cherchent à perfectionner l’invention et (ou) à en vivre. C’est le cas d’Eugène Disdéri (1819-1889). Son père est marchand de toile. Eugène veut être artiste, il étudie le dessin, et de 1837 à 1840, il fait partie d’une troupe de théâtre. Contrairement à d’autres pionniers de la photographie il n’a pas de formation picturale. À la mort de son père, il doit embrasser une carrière commerciale ; en 1844, il est fabricant de lingerie avant d’ouvrir un magasin de bonneterie. 

Actif révolutionnaire en février 1848, il doit quitter Paris pour Brest où il s’initie au daguerréotype, ouvre un atelier et construit un diorama. Fin 1852, en faillite, il quitte Brest pour Nîmes où il suit un cours public de chimie et de physique appliquées aux arts. Il met au point un collodion instantané qui réduit le temps de pose à 2 secondes. Le collodion est une dissolution de coton-poudre dans un mélange d’éther et d’alcool. En 1853, il publie un Manuel opératoire de Photographie sur Collodion instantané. C’est un ouvrage « d’instructions chimiques » au lecteur pour préparer lui-même ses produits.

Il définit le but de la photographie comme « la reproduction d’une image sur une plaque de verre destinée à servir de cliché négatif pour la multiplier sur papier ». Revenu à Paris, Disdéri s’installe en juin 1854 au 8 boulevard des Italiens avec l’aide financière d’un ami, son atelier est le plus important de Paris. Il fonde deux sociétés, dont l’une obtient le droit exclusif de photographier l’exposition universelle de 1855. Il emploie 77 personnes. Il dépose un brevet pour l’invention de la carte de visite photographique. À cet effet, il utilise un appareil à 6 objectifs et un châssis mobile grâce auquel il recueille 6 clichés différents sur le même négatif. Le prix des épreuves s’effondre : c’est la conquête d’un marché de masse par le portrait-carte, qui coïncide avec le large mouvement d’ascension sociale du Second Empire.

En outre, dès 1855, Disdéri veut promouvoir la photographie comme auxiliaire de modernisation de la production et de la recherche « par la reproduction matérielle, exacte, mathématique, de certains objets ou de certains phénomènes mobiles et variables […] ». « C’est le seul moyen graphique propre à fournir des renseignements fidèles et à conserver à l’étude des types exacts ». Enfin, Disdéri pressent le passage d’une civilisation du texte à une civilisation de l’image. Les résistances sont dues à l’incertitude sur la durée de vie des images (i).

Disdéri publie trois albums de photographies, dont un pour commémorer la visite de la Reine Victoria (1819-1901), et un second livre Renseignements photographiques indispensables à tous.

Après une nouvelle faillite et une nouvelle résurrection, il connaît la gloire due au succès croissant de sa carte de visite photographique. Il propose au Ministère de la Guerre qui accepte d’organiser un service photographique des armées. Dans L’art de la photographie (1862), il assure que pas moins de quinze officiers travaillent à se former dans ses ateliers.

Enfin il se projette dans la reproduction, au format de sa carte de visite, des tableaux du Louvre. En 1861 paraît son troisième livre Applications de la Photographie à la Reproduction des œuvres d’Art.

Il ouvre un second studio à Saint-Cloud pour les portraits équestres. Sa vie et ses activités sont très impliquées dans les mutations sociales et politiques : en 1875, il doit quitter le boulevard des Italiens, puis vendre sa collection de clichés et son matériel. En 1879, il quitte Paris pour Nice et meurt à Paris, ruiné, en 1889.
 

(i) Le château de Compiègne possède et présente sur son site des photographies prises par Eugène Disdéri lors de l’exposition universelle de 1855 à Paris.

 

Crédit : Autoportrait par Eugène Disdéri, Réunion des musées nationaux, WikiMedia Commons, Domaine public.
 

 


 

Niveau de lecture : pour tous
Nature de la ressource : article

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