La Coupe du monde de foot et la chimie
Pour la Coupe du monde de football 2026 les joueurs et les arbitres bénéficient d’un nouveau ballon ultrasophistiqué baptisé « TRIONDA » (trois vagues) inspiré par les trois nations où vont se dérouler les matchs : les États-Unis, le Canada et le Mexique. Ces trois pays sont représentés par trois couleurs et trois symboles : le rouge et l’étoile pour les États-Unis, le bleu et la feuille d’érable pour le Canada et le vert avec l’aigle pour le Mexique.
La fabrication a innové car, au lieu de le construire avec des pièces pentagonales et hexagonales, Adidas l’a conçu en quatre nappes de formes complexes rappelant grossièrement celle d’une vague. La couche externe est en Impranil®, un polyuréthane réticulé par un isocyanate comme l’étaient les ballons des coupes du monde 2014 au Brésil et celui des Jeux olympiques « Albert » en 2012, comme nous l’avaient appris les deux lauréats du Chemical World Tour de cette année-là (1).
L’innovation touche aussi à la chimie du silicium car Trionda est doté d’une micropuce de détection de mouvement avec son transducteur travaillant à 500 Hz. Elle donne 500 fois par seconde, la vitesse, la direction, l’accélération et les interactions du ballon. Ces données couplées au suivi des joueurs par des caméras et des algorithmes d’intelligence artificielle permettent à l’équipe arbitrale de suivre en temps réel toutes les péripéties du jeu et d’intervenir par la VAR(i) bien plus rapidement en cas de faute, de hors-jeu ou de penalty. Ce n’est pas la première fois qu’un ballon est connecté. En effet, dans les précédentes Coupes du monde (2), le capteur était situé au centre et maintenu par plusieurs fils. Ici, il est collé sous une couche d’une des faces, ce qui oblige à mettre des contrepoids sur les 3 autres faces pour que le ballon soit bien équilibré. Par ailleurs, le revêtement externe quasi vitrifié et hydrophobe résiste à l’abrasion et garde intact la sérigraphie bleu-vert-rouge.
En deçà de la vitesse critique, seuil à partir duquel l'aérodynamique prend le pas sur la gravité, la trajectoire d'un ballon de football est une parabole classique, dite galiléenne. Au-delà, dans les tirs maîtrisés des joueurs internationaux, la parabole se tronque et peut devenir quasi rectiligne avant que le ballon, en ralentissant, chute brutalement. Les minuscules rugosités que constituent les symboles des trois pays en léger relief abaissent cette vitesse critique en modifiant la traînée et amplifient l'effet Magnus : le ballon, mis en rotation par une frappe décalée, décrit une courbe qui permet aux joueurs adroits sur coup franc d'atteindre la lucarne en trompant les gardiens.
Il n’y a pas que le ballon qui mobilise la chimie, les chaussures des joueurs doivent être légères et solides. La semelle est en fibre de carbone, sur laquelle les crampons sont directement moulés (3). La chaussure elle-même est en fibres tissées de polyisocyanate ou de polyester montant parfois pour protéger la cheville. Certaines n’ont plus de lacets mais des velcros pour avoir une surface régulière. Douce à l’intérieur (4), comme une seconde peau, légèrement rugueuse à l’extérieur pour pouvoir imprimer au ballon l’effet de rotation voulu par le joueur.
104 matchs, 48 équipes, 16 stades situés dans trois pays représentent pour l’organisation un défi gigantesque d’autant que la FIFA exige que les compétitions soient toutes disputées sur une pelouse avec un gazon naturel. Sur les 16 stades, 8 sont déjà équipés de gazon synthétique (5) où se déroulent les matchs de football américain. Pendant plusieurs années, avec des chercheurs d’universités du Tennessee (Tennessee University) et du Michigan (Michigan State University), la FIFA a mis au point une méthode pour recouvrir ces stades avec un gazon qui répond aux normes internationales. Deux types de gazon, l’un pour les régions chaudes et humides (Mexique), l’autre pour les zones plus fraiches (Canada et Amérique du Nord), ont été semés sur des feuilles plastiques spéciales où se sont développés des réseaux racinaires denses et bien connectés comme un tapis naturel. Cultivées dans 10 fermes réparties près des zones de compétitions, les plaques de gazon ont été transportées dans les stades sur un lit de sable d’au moins 25 cm, muni d’un système de drainage et de ventilation moderne, sous forme de panneaux renforcés par des fibres synthétiques. Les travaux ont commencé en mars et continué jusqu’en mai. La pousse et la tonte vont donner des pelouses vertes et conformes dans tous les stades. Certains, qui disposent de toits rétractables, ont été laissés ouverts pour que le gazon profite du soleil et reste vert sauf pour le stade AT&T à Arlington(ii). Celui-ci possède en effet un immense toit qui empêche la lumière du soleil d’atteindre la pelouse et a dû être équipé de lampes spéciales suspendues au dôme qui éclairent le gazon.
Ces travaux, parfois gigantesques, et ces recherches, notamment sur le recyclage de l’eau d’irrigation et sur les nouveaux semis, vont permettre aux gestionnaires de stades futurs de faire des économies et de préserver l’environnement (6).
Et maintenant place au sport… Allez les bleus !
Jean-Claude Bernier et Catherine Vialle
Juin 2026
(i) VAR (Video Assistance Referees) – Aide à l’arbitrage par vidéo
(ii) Arlington (Texas - banlieue de Dallas
Pour en savoir plus
(1) L’histoire d’Albert, le ballon de foot des Jeux olympiques 2012, vidéo du Chemical World Tour (saison 2)
(2) Shootez, vous êtes connecté, J.-Cl. Bernier, éditorial juin 2018 (Mediachimie.org)
(3) Technologie et performance sportive, d'après la conférence de Denis Masseglia, La chimie et le sport (EDP Sciences, 2011)
et Les matériaux au service de la performance de la chaussure, A. Lahutte, Colloque Chimie et Sports en cette Année Olympique et Paralympique, Fondation de la Maison de la Chimie (février 2024)
(4) Des textiles pour sportifs. Apport de la chimie pour améliorer confort et performance, F. Roland, La chimie et le sport (EDP Sciences, 2011)
et Quel doit être le rôle d'un vêtement de sport ?, M.A. Bueno, B. Camillieri, R. Rossi, Colloque Chimie et Sports en cette Année Olympique et Paralympique, Fondation de la Maison de la Chimie (février 2024)
(5) Du pétrole à l’herbe douce des nouveaux terrains de foot, vidéo du Chemical World Tour (saison 2)
(6) Un stade plus écologique est-il possible ? O. Garreau, Question du mois, mai 2024 (Mediachimie.org)
Crédit illustration : Ballon officiel de la Coupe du Monde de la FIFA 2026 sur le terrain et logo officiel du tournoi de football aux États-Unis, au Canada et au Mexique. mim232 / Adobe Stock