- Éditorial
mediachimie

Les bovins, une menace pour la planète ?

Un rapport de la Cour des comptes de 2023 sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) préconise de réduire le nombre de vaches sur le sol français. Inutile de dire que déjà impacté par les centaines de
...

Un rapport de la Cour des comptes de 2023 sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) préconise de réduire le nombre de vaches sur le sol français. Inutile de dire que déjà impacté par les centaines de normes relatives à l’environnement le monde agricole et notamment celui des éleveurs est monté au créneau notamment en janvier et février 2024 [1].

De quoi s’agit- il ?

Au niveau des GES vous savez qu’en matière de barrière à l’infrarouge le méthane (CH4) est environ 28 fois plus absorbant que le gaz carbonique (CO2) [2] contribuant au réchauffement climatique. Une tonne de CH4 est équivalent à 25 tonnes de CO2. Or la vache, comme tous les ruminants, éructe du méthane lors de la digestion. Suivant son poids et selon qu’elle est en plein air ou à l’étable elle émet entre 1000 et 1500 litres de méthane par jour ce qui représente entre 100 et 150 kg par an. Pour la France avec 17 millions de bovins l’émission est de l’ordre de 1 à 1,4 Mt équivalent à 25/35 Mt de CO2 soit 6 à 11% des émissions totales de GES équivalent comparable à celles des bâtiments résidentiels ou à 25 millions de véhicules [3].

Un peu de physiologie animale

L’estomac des ruminants (vaches, moutons, chèvres, girafes) comprend quatre chambres :

  • le rumen qui abrite une multitude de microorganismes, capables de décomposer les sucres amidons et cellulose des plantes ;
  • le réticulum qui est une chambre d’attente où les plantes difficiles à consommer sont stockées ;
  • l’omasum où sont broyées mécaniquement les aliments ;
  • l’abomasum ou caillette, véritable estomac d’où sont extraits les nutriments du bol alimentaire avant de passer dans l’intestin.

Le rumen est la poche la plus importante qui peut atteindre 100 litres. Elle comporte une population variée de bactéries [4], de protozoaires, de champignons presque tous anaérobies et des archéobactéries. Les aliments ingérés glucides et protéines sont transformés par cette population en acétates, propionates et butyrates appelés Acide Gras Volatils (AGV) qui sont absorbés par la paroi et transformés en ATP fournissant plus de 70% de l’énergie à la vache [5]. Cela s’accompagne d’un dégagement de CO2 et de méthane. Ce méthane entérique est dû à la réduction du CO2 en milieu anaérobie par les archées méthanogènes (i) suivant la réaction : CO2 + 4 H2 = CH4 + H2O et aussi la réduction des acétates CH3COOH = CH4 + CO2.

Comment réduire les émissions de méthane

Les travaux de l’INRAE et en particulier de l’unité mixte de recherche HERBIVORES a mis en lumière le rôle de l’hydrogène émis en milieu anaérobie lors de la fermentation et qui doit être éliminé sous peine d’arrêter la fermentation des sucres [6]. Cet hydrogène est consommé grâce aux bactéries méthanogènes. Une équation plus ou moins stœchiométrique résume le processus :

50 hexoses = 59 acétates + 23 propionates+ 9 butyrates + 24 CH4 + 53 CO2 + 230 ATP [7].

Une deuxième équation montre aussi qu’il y a une relation entre le mélange des AGV et la production de méthane :

CH4 = 0,50 acétate - 0,25 propionate +0,50 butyrate – 0,25 valériate

Si par l’alimentation on peut orienter la réaction vers la production de propionate et de valériate on diminue l’émanation de méthane. C’est ce qui a été constaté : des prairies riches en chicorée et sainfoin diminuent les émanations, les céréales riches en amidon comme le maïs et les oléagineux riches en lipides tels le lin, le colza ou le tournesol réduisent la méthanogénèse de 20%. Plus étonnant le nitrate qui oxyde l’hydrogène naissant remplace les méthanogènes comme « puits à hydrogène ». Des ajouts de nitrate de calcium en quantité mesurée ont montré une réelle efficacité.

Une molécule, le 3-NOP (3 nitroxy propanol), inhibe le coenzyme des archéobactéries méthanogènes. Elle est commercialisée par DSM depuis 2022 sous le nom commercial de Bovaer® et peut être ajouté comme complément alimentaire sans préjudice pour la santé de l’animal, la qualité du lait et de la viande. Enfin des essais ont été faits avec des algues brunes ou rouges avec un score remarquable de -40% d’efficacité pour 1 à 3% d’addition dans l’alimentation, les chercheurs imputent cet effet au bromoforme présent dans ces algues.

Certaines stratégies alimentaires ont été étudiées par l’INRAE [8] pour combiner des effets complémentaires ; par exemple le lin qui réduit la production d’hydrogène dans le système digestif (production de propionate), le nitrate qui consomme l’hydrogène par oxydation. Combinés ces deux facteurs permettent une réduction évaluée à 32%.

Ces recherches et expérimentations sont conduites dans le cadre d’un programme national « Méthane 2030 » rassemblant de nombreux acteurs dont APIS-GENE, l’INRAE, le pôle de compétitivité Valorial et des acteurs laitiers. Le but est de donner aux filières bovines les moyens de réduire les émissions de méthane entérique en mobilisant tous les acteurs et en évaluant tous les facteurs économiques et environnementaux.

Notons que ces études prennent en compte toutes les solutions, il est clair par exemple que toute modification de l’alimentation qui exigerait des intrants de culture ou des additifs ayant pour leur production une empreinte carbone et une émission de GES excessive est à écarter. De même une réduction du cheptel dans les proportions définies par la Cour des comptes ne peut satisfaire l’indépendance nationale marquée déjà par l’importation de carcasses originaires de pays peu vertueux en matière de protection de l’environnement.

Par ailleurs les émissions mondiales de méthane sont nombreuses et autrement plus importantes que celles de nos ruminants bleu blanc rouge. Sur les 600 millions de tonnes annuels de CH4 émis dans le monde, les zones humides souvent défendues par les amoureux de la nature et les rizières en sont responsables pour 32%, les énergies fossiles (puits mal étanchéifiés, gaz naturel, gaz de schiste) pour 21%, les déchets et décharges 11%, la biomasse 10% et les ruminants 16% [9].

Non les bovins ne sont pas une menace pour la planète et les éleveurs passionnés par leur métier et l’environnement ne sont pas non plus des écocides.

Nos vaches, animaux calmes, qui broutent et entretiennent nos prairies, puits de carbone, puis digèrent calmement en sieste de plusieurs heures en regardant passer les trains (hélas trop rapides avec le TGV) devraient par sagesse nous inspirer une vie plus cool et moins d’agitation vaine.

Jean-Claude Bernier
février 2024

 

(i) microorganismes unicellulaires constitués d'une cellule unique qui ne comprend ni noyau ni organites.

Pour en savoir plus

[1] Quelle agriculture voulons-nous ?, André Fougeroux, une vidéo de la série Chimie et agriculture durable pour tous
[2] Le dioxyde de carbone, une molécule clé pour une planète durable, J. Lefebvre, N. Baffier et J.-Cl. Bernier, une fiche Chimie et… en fiches (cyle 4) (Mediachimie.org)
[3] Vers une société et un habitat « décarbonés », J. Lefebvre, A. Harari et J.-Cl. Bernier, une fiche Chimie et… en fiches (cyle 4) (Mediachimie.org)
[4] Zoom sur Les bactéries et les antibactériens,  N. Moreau, Zoom sur… (Mediachimie.org)
[5] Le microbiote, acteur et levier de santé, D. Olivier, une fiche Chimie et… en fiches (Mediachimie.org)
[6] Le saccharose : de la betterave au sucre, L. Amann, Zoom sur… (Mediachimie.org)
[7] La chimie dans la vie quotidienne : les apports de l’alimentation, C. Agouridas, J.-Cl. Bernier, D. Olivier et P. Rigny, in La chimie dans la vie quotidienne, collection Chimie et... Junior, EDP Sciences, Fondation de la Maison de la Chimie (2018), isbn : 978-2-7598-2292-8
[8] Recherche agronomique et transition agroécologique, T. Caquet, vidéo et texte, Colloque Chimie et Agriculture durable, un partenariat en constante évolution scientifique, 10 novembre 2021
[9] Sources : Science et Avenir - juillet 2020 ; AIE (agence internationale de l’énergie), janvier 2021 mise à jour des données des émissions de méthane, octobre 2021 émissions pétrolières gaz de schiste et mines de charbon ; IMEO observatoire international des émissions de méthane

 

Crédit illustration : katerinavulcova / Pixabay

- Événements
mediachimie

Sélection des participants au GPJJC 2024

Le 29 janvier dernier, le jury du GPJJC (Grand Prix des Jeunes Journalistes de la Chimie) s’est réuni à la Fondation pour sélectionner les 4 binômes qui allaient participer à l’édition 2024 du GPJJC. Les 4 dossiers
...

Le 29 janvier dernier, le jury du GPJJC (Grand Prix des Jeunes Journalistes de la Chimie) s’est réuni à la Fondation pour sélectionner les 4 binômes qui allaient participer à l’édition 2024 du GPJJC.

Les 4 dossiers retenus sont les suivants.

  • Comment les PHAs peuvent permettre à la France d’atteindre l’objectif zéro pollution plastique ?
    Sarah Costes et Roméo Marmin – École publique de journalisme de Tours (EPJT)
  • Comment la mécanochimie veut-elle verdir la fabrication de nos médicaments ?
    Candice Antiga et Taslime Maazouzi – Centre de formation des journalistes (CFJ) Paris
  • L’utilisation des nouvelles techniques d’imagerie chimiques pour étudier les peintures archéologiques
    Caroline Barathon et Cléa Dubray – École de journalisme de Grenoble (EJDG)
  • Décarbonation du ciment, se passer du clinker pour diminuer les émissions de CO2
    Morgane Anneix et Juliette Laffont – École de journalisme Sciences Po Paris

La prochaine étape sera la rencontre avec le jury le 12 mars prochain à la Fondation, puis trois mois d’investigations pour produire un article et une vidéo.

Nous souhaitons bonne chance aux 4 binômes qui vont concourir.

Rendez-vous en juin pour visionner et lire les productions et surtout connaître le binôme vainqueur du GPJJC 2024.

- Question du mois

Qu'est-ce que le caramel ?

Le caramel aurait été inventé vers l'an 1000 par les arabes au cours de la manipulation du sirop de canne à sucre. Son nom, apparu au XVIIe siècle viendrait, via le portugais camelo, du latin Calamellus, diminutif de
...

Le caramel aurait été inventé vers l'an 1000 par les arabes au cours de la manipulation du sirop de canne à sucre. Son nom, apparu au XVIIe siècle viendrait, via le portugais camelo, du latin Calamellus, diminutif de calamus, « roseau », à cause de l'analogie de forme entre le sucre durci et la tige de roseau (i).

Il ne faut pas confondre les caramels, friandises dures ou molles, contenant généralement du caramel et d'autres ingrédients (ii), et le caramel, c'est à dire la substance brune à l'odeur et au goût caractéristiques. Pour faire du caramel à la maison, on chauffe du sucre dans une casserole, éventuellement après l'avoir dissous dans un peu d'eau. Selon la durée de cuisson, on aura un caramel clair ou un caramel plus foncé.

Mais quel est donc que ce composé coloré et comment se forme-t-il ?

Les réactions

À la cuisine

Quand on chauffe la solution de sucre (ou le sucre en poudre seul), de l'eau s'évapore (la température est alors de 100°C) et le composé reste blanc. Si on continue, la température s'élève, et une couleur dorée ainsi que la bonne odeur caractéristique du caramel apparaissent vers 160°C. Si on continue à chauffer, la couleur s'intensifie et le caramel devient brun. Le stade « caramel blond » est difficile à saisir, car dès que la température de 160°C est atteinte, cela va très vite évoluer (iii)… Les industriels, pour faire des substances conférant le parfum caramel, ajoutent des produits qui vont ralentir cette évolution, comme de la crème, qui donnera des caramels mous, ou du beurre, du sel, du citron etc. (ii). Ces caramels modifiés seront alors considérés comme des additifs des friandises auxquelles ils sont ajoutés.

Que se passe-t-il ?

Si la glace fond lorsqu’on la chauffe, on la retrouve en refroidissant. C’est réversible. Pas pour le caramel.

C'est que la glace est un composé unique, H-O-H, alors que le sucre de table ou saccharose (iv), C12H22O11, est un disaccharide (v) formé de deux molécules, glucose (cycle à 6 atomes) et fructose (cycle à 5), chacune de formule C6H12O6 liées de façon très spécifique (fig. 1).


Figure 1 (vi). Formule du saccharose (G-F), du glucose (G) ou α-D-glucopyranose, du fructose (F) ou β-D-fructofuranose.

Lors du chauffage, ces deux molécules vont se séparer, et peuvent réagir l'une sur l'autre, soit comme initialement, G-F, soit F-G ou G-G ou F-F et cela en diverses positions. En outre, ces monoses sont fragiles, et comme on le verra plus loin, peuvent se modifier, ce qui complique encore les choses. En regardant les formules, avec toutes ces fonctions alcool, on comprend la difficulté de répondre à la question « qu'est-ce que le caramel ? ».

Il y a environ 200 ans Péligot [1] a fait la première publication sur le sujet, et ce n'est qu'en 1989 [2] que la fraction volatile du caramel, responsable de son odeur, a été identifiée comme le 5-(hydroxyméthyl)-2-furfuraldéhyde (fig. 2). Mais pendant longtemps, on a ignoré la nature exacte du caramel.

Figure 2 (vii). 5-(hydroxyméthyl)-2-furfuraldéhyde

Un peu plus de chimie et l'élucidation du mystère

Souvent, quand vous parlez de la chimie du caramel, on vous répond « Ah oui, bien sûr, la réaction de Maillard ! ». Ce n'est pas exact, cette dernière est caractéristique de la saveur des viandes grillées,
et nécessite la présence de protéines ou d'acides aminés [3]. Mais la caramélisation appartient, comme la réaction de Maillard, au groupe des réactions de brunissement non enzymatique des aliments. Un article de 2000 [4] élucide complètement le mystère.

Lorsqu'on chauffe la solution de saccharose, le disaccharide s'hydrolyse en glucose et fructose. Une catalyse acide facilite la réaction, d'où l'addition recommandée de jus de citron pour faire du caramel. Le fructose donne rapidement des dianhydrides de fructose (DAF) par dimérisation (fig. 3). On sait que les monoses, représentés sous forme cyclique, sont des acétals cycliques et qu'ils sont en équilibre avec la forme ouverte (fig. 4). C'est ce qui permet d'expliquer la formation des anhydrides. Mais il y a de multiples possibilités et plusieurs isomères en équilibre. Ces molécules se retrouvent à plus de 80% dans le caramel fait avec du fructose.


Figure 3. Exemple de dianhydride de fructose, DAF
Source : L'Actualité chimique (novembre 2000) p 25 (schéma 1) [4]

 

Figure 4 (viii). Formes ouvertes du glucose (à gauche) et du fructose (à droite)

Le glucose peut s'additionner aux DAF en les glycosylant, ce qui donne des glucosyl-DAF (plusieurs, selon le groupe OH auquel il s'attache). Il peut aussi se polymériser en oligosaccharides. Sous la dénomination polydextrose, ces polymères (fig. 5) sont des additifs alimentaires autorisés utilisés comme « agents de charge » sous la dénomination de E1200. Un agent de charge est un composé qui n'est pas digestible et augmente la quantité de produit sans augmenter la valeur énergétique (ici, 1 kcal/g).


Figure 5. Exemple de polydextrose (agent de charges)
Source Heli Putaala

Authentification des caramels

Le caramel dit « aromatique » est un ingrédient largement utilisé pour l’aromatisation des desserts lactés, et le caramel « colorant » est un additif de nombreuses boissons, eaux de vie, aliments pour animaux ou encore de produits pharmaceutiques. Ces deux types de caramels sont définis depuis 1988 par la norme Afnor NF V00-100 (ix), comme devant provenir exclusivement du traitement thermique ménagé de sucres alimentaires en présence de catalyseurs définis (jus de citron, vinaigre, acide citrique...). Pour contrôler ces caramels, on peut rechercher l'agent odorant 5-(hydroxyméthyl)-2-furfuraldéhyde (fig. 2) , mais comme ce produit est commercial et bon marché, il pourrait donc être volontairement ajouté, ce qui rend sa seule recherche peu sûre. La recherche des DAFs est un moyen plus efficace de contrôle de l'authenticité des caramels commerciaux.

En cette période de consommation de friandises, il est important de savoir ce que l'on mange !

Nicole Moreau et l’équipe Question du mois

 

(i) Dictionnaire historique de la langue française, édition Le Robert

(ii) par exemple, dans le célèbre Carambar, on peut trouver : mono- et diglycérides d'acides gras – sirop de glucose – lait écrémé concentré sucré – sucre – huile de coprah hydrogénée – cacao maigre en poudre – sel – arôme artificiel – gélatine – cannelle, ou autres suivant le type de carambar.

(iii) H. This « A propos de caramel .

(iv) On trouve parfois le nom de sucrose, qui ne doit pas être utilisé en français, car c'est un " faux ami ", c'est le mot anglais désignant le saccharose. Le nom du saccharose dans la nomenclature est le α-D-glucopyranosyl-(1-2)-β-D-fructofuranoside.

(v) Les sucres simples sont des monosaccharides ou monoses. On parle ensuite de di-, tri-saccharides, etc.

(vi) saccharose, Don A. Carlson, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 3.0
glucose ou α-D-glucopyranose, Wikimedia Commons, domaine public
fructose ou β-D-fructofuranose, Wikimedia Commons, domaine public

(vii) 5-(hydroxyméthyl)-2-furfuraldéhyde , Wikimedia Commons, domaine public

(viii) glucose Christopher King, travail personnel, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 3.0
fructose , Wikimedia Commons, licence GPL

(ix) Afnor NF V00-100
 

 

Pour en savoir plus

[1] Péligot E., Ann. Chim. Phys., 2nd Ser. (1838) 67, p. 113
[2] Cottier L., Descotes G., Neyret C., Nigay H., Ind. Aliment. Agric. (1989) 106, p. 567
[3] Ledl F., Schleicher E., Angew. Chem., Int. Ed. Engl. (1990) 29, p. 565
[4] Les molécules de la caramélisation : structure et méthodologies de détection et d'évaluation, Defaye J., Garcia Fernandez J.M., Ratsimba V., L'Actualité chimique (novembre 2000) p. 26-27
[5] Et pour sourire à propos du caramel : « Caramel » - produit du jour- Société Chimique de France (SCF)

 

Crédit illustration : --Where next Columbus? (talk) Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 3.0

- Éditorial
mediachimie

Des matériaux pour des sauts olympiques

J’avais dans un premier temps voulu intituler cet édito une chimie pour s’envoyer en l’air mais des interprétations ambiguës pouvaient complétement dénaturer le propos. Il s’agit bien ici en 2024 de parler des épreuves
...

J’avais dans un premier temps voulu intituler cet édito une chimie pour s’envoyer en l’air mais des interprétations ambiguës pouvaient complétement dénaturer le propos. Il s’agit bien ici en 2024 de parler des épreuves olympiques qui permettent à certains athlètes de s’élever loin du sol et de vaincre la pesanteur pour établir un nouveau record. Deux épreuves retiennent notre attention, l’une discipline olympique depuis 1896 lorsque le baron Pierre de Coubertin l’introduit dans les premiers Jeux olympiques de l’ère moderne, le saut à la perche, l’autre plus récente intégrée aux Jeux de Sydney en 2000 est la version gymnastique d’un jeu de jardin, le trampoline.

Le saut à la perche

Utilisé dans la Grèce antique comme moyen pour franchir les ruisseaux à l’aide de longues tiges de bois on en retrouve trace dans des jeux irlandais vers 550 av. J.-C. sous forme de saut en longueur. Au XVIIIe siècle aux Pays-Bas, le Fierljeppen est un jeu consistant à franchir une rivière avec une longue perche de plusieurs mètres. Ce n’est que fin du XIXe siècle que les sauts en longueur laissent la place aux sauts en hauteur avec une impulsion du coureur vers le haut et non plus horizontale. Intégré dans les championnats anglo-saxons les règles s’imposent progressivement et en 1892 les championnats de France couronnent un stadiste avec un saut à 2,41 m. En 1896 c’est un Américain William Hoyt qui remporte la médaille d’or des premiers Jeux avec un saut à 3,30 m.

Commence alors la course aux matériaux pour la perche. Au départ perches en bois rigides peu flexibles puis en Bambou un matériau composite naturel (1) qui plie sans nécessairement se rompre. Viennent ensuite des alliages d’aluminium et de cuivre dont les coefficients d’élasticité ont été optimisés et enfin des perches en composites avec des nappes de fibres de verre cylindriques bien collées par des polyesters et mieux encore des fibres de carbone tressées et enserrées dans un polymère (2). Ces dernières perches peuvent se plier largement et se déplier en lançant l’athlète vers le haut. C’est très grossièrement un réservoir d’énergie car il s’agit bien dans cette compétition d’accumuler et de restituer le maximum d’énergie.

Pour un athlète de 80 kg et pour sauter à 5 m il faut 80 x 10 x 5 = 4000 J avec une seule impulsion. Un athlète capable de développer 1,3 kW en 0,3 seconde (saut à pieds joints) n’atteindra que 70 cm. Il faut donc une course d’élan qui va donner une énergie cinétique Ec = ½ mv2, une énergie potentielle de l’athlète capable avec les bras et les muscles des abdominaux de se retourner et de pointer vers la barre, Ep, et bien sûr l’énergie de flexion restituée par la perche vers le haut Ef.


L’équation totale est alors Etotale = Ec + Ep + Ef qui permet en une seconde d’atteindre la puissance (i) nécessaire pour sauter 5 m et plus. La perche en composite absorbe et restitue l’énergie comme un arc qui a été tendu et qui va lancer une flèche vers la cible. Les perches en composites doivent allier rigidité et flexibilité, elles ont une longueur comprise entre 5 et 6 m et pèse environ 20 kg (3). C’est pourquoi on voit au début de la course d’élan le sauteur porter la perche verticalement et l’abaisser progressivement avant de l’enfoncer dans le butoir et de donner son impulsion vers le haut. C’est un moment crucial car la propulsion doit être dirigée vers le haut et vers l’avant sinon le sauteur s’expose à un « retour piste » très dangereux car il retombe sur la piste et non sur les matelas de mousse en polyester de l’autre côté du sautoir. Discipline très exigeante, ce n’est que depuis 2010 que les recordmen tutoient les 6 mètres ; d’abord l’ukrainien Sergueï Bubka, puis le français Renaud Lavillenie et depuis 2023 Le Suédois Armand Duplantis à 6,23 m. Y a-t-il encore des degrés de progression ? Seuls l’entrainement et la recherche en matériaux nouveaux nous l’apprendront.

Le trampoline

C’est dans les années 1930 qu’un jeune américain Georges Nissen, en voyant au cirque les trapézistes se laisser tomber dans un filet, a l’idée de fabriquer un appareil qui leur permettrait de rebondir avec un tissu accroché à un cadre rigide par des ressorts. Avec trois amis il fait une tournée aux États-Unis et au Mexique pour populariser son invention qui est baptisée « el trampolin » en espagnol. C’est en 1941 qu’il crée la première société de fabrication des trampolines qui sont utilisés pour l’entrainement des pilotes, et c’est après 1950 que des épreuves de trampoline sont intégrées dans les compétitions universitaires d’athlétisme. Les premiers championnats du monde voient le jour en 1964 et en 1980 le trampoline est intégré comme sport de démonstration dans les Jeux olympiques et ne devient sport olympique qu’en 2000 aux Jeux de Sydney.

Le trampoline de compétition est constitué d’un cadre métallique de 4x2 m situé à 1,15 m du sol et entouré de matelas de mousse de polyester pour la sécurité des gymnases. Le tapis de sol est en polypropylène avec des mailles très serrées (260 g/m2(4) accroché par des œillets métalliques au cadre par 120 ressorts en acier dur à teneur en carbone supérieure à 0,45% et souvent galvanisés (5). Les athlètes par impulsion sautent sur le tapis de saut qui avec les ressorts leur restituent de l’énergie et peut les propulser à chaque impulsion à plus de huit mètres en hauteur. Les acrobaties et figures dans les airs, sauts périlleux, retournés, rouleaux, etc. sont appréciés par un jury qui donne une note technique et artistique. Les champions olympiques 2020 sont Ie biélorusse Ivan Litvinovich et chez les femmes la chinoise Zhu Xueying. En 2024 la compétition doit se dérouler à l’Arena Bercy le 2 août. En fait c’est plutôt l’activité de loisirs qui a entrainé les compétitions. On trouve pour quelques centaines d’euros des trampolines de jardin de formes carrée ou circulaire avec un tapis de saut protégé par des coussins et un filet de protection pour la sécurité des enfants. Les salles de sport ont aussi installé des « jumping fitness » où il s’agit de faire des exercices de sport sur trampoline, une séance de 15 minutes remplaçant le jogging.

Dans ces deux sports, le saut à la perche et le trampoline, les forces musculaires alliées à la technologie des matériaux sont une belle démonstration de l’énergie déployée, conservée et amplifiée, non seulement pour atteindre des records mais pour décrire des trajectoires et sauts de toute beauté.

Jean-Claude Bernier
janvier 2024

(i) La puissance est l’énergie libérée pendant un certain temps.

 

Pour en savoir plus
(1) Les matériaux composites dans le sport,Y. Rémond et J.-F. Caron, in La chimie et le sport (EDP Sciences, 2011) isbn : 978-2-7598-0596-9
(2) Les matériaux de la performance, C. Agouridas, J.-C. Bernier, D. Olivier et P. Rigny, in La chimie dans le sport, collection Chimie et... Junior (EDP Sciences, Fondation de la Maison de la Chimie, 2014), isbn : 978-2-7598-1238-7
(3) Les matériaux dans le sport, (r) évolutionnaires !, P. Bray, O. Garreau et J.-C. Bernier, Fiche Chimie et... en fiches (Mediachimie.org)
(4) Les textiles et les vêtements pour le sport, C. Agouridas, J.-C. Bernier, D. Olivier et P. Rigny, in La chimie dans le sport, collection Chimie et... Junior (EDP Sciences, Fondation de la Maison de la Chimie, 2014), isbn : 978-2-7598-1238-7
(5) Corrosion des métaux et protection, D. Soissons, Dossier pédagogique Nathan / Mediachimie (Mediachimie.org)
 

Crédits illustrations : Perche par andreas N / Pixabay ; Trampoline, Finale Jeux olympiques de la jeunesse d'été de 2018, Martin Rulsch, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons

- Événements
mediachimie

Chimie et Sports

Dans les compétions sportives, les résultats dépendent autant des performances du corps (énergie musculaire) que de la volonté de gagner (chimie de notre cerveau) et de la qualité technique du matériel utilisé.
...

Dans les compétions sportives, les résultats dépendent autant des performances du corps (énergie musculaire) que de la volonté de gagner (chimie de notre cerveau) et de la qualité technique du matériel utilisé.

Mediachimie vous propose une page dédiée à la chimie et au sport avec une sélection de ressources pour découvrir et comprendre pourquoi la chimie occupe une place si importante dans le domaine du sport de haut niveau.

Ne ratez pas le prochain Colloque de la Fondation  « Chimie et sports en cette année olympique et paralympique » qui se tiendra le mercredi 7 février 2024.

Afin de préparer votre venue, nous vous proposons de tester vos connaissances ainsi que celles de vos élèves au travers d’un quiz « sport et chimie » ludique et instructif.

- Événements

Ouverture de Parcoursup 2024

La plateforme d’admission post bac Parcoursup est ouverte depuis le 19 décembre. Dès le 17 janvier 2024 les lycéens pourront y entrer leurs dix vœux sans ordre de préférence et ce jusqu’au 14 mars. La chimie et ses
...

La plateforme d’admission post bac Parcoursup est ouverte depuis le 19 décembre. Dès le 17 janvier 2024 les lycéens pourront y entrer leurs dix vœux sans ordre de préférence et ce jusqu’au 14 mars.

La chimie et ses disciplines voisines telles que le génie chimique, la biochimie, la science des matériaux offrent des formations scientifiques et technologiques qui conduisent à des métiers recherchés par de nombreux secteurs économiques.

Pour vous aider à les découvrir, utilisez les outils d’informations que sont :

et retrouvez des fiches métiers, des parcours de formation et des vidéos dans l’espace métiers de Mediachimie.

Crédit illustration : capture écran vidéo Youtube "Parcoursup 2024 en 3 étapes" Ministère Enseignement supérieur et Recherche