Arrêt des centrales à charbon… Une critique sévère !

Date de publication : Jeudi 12 mars 2026
Rubrique(s) : Éditorial

La Cour des comptes vient de publier il y a quelques jours un rapport sur l’arrêt des centrales à charbon en France (1). Alors que la sécurité de l’alimentation en électricité semble assurée en 2026 grâce aux centrales nucléaires et l’apport des renouvelables, la Cour est très sévère sur leur possible reconversion bas carbone, en particulier sur ce qui arrive à la centrale de Gardanne (Bouches-du-Rhône).

Un peu d’histoire

On peut dire que le charbon a joué un rôle fondamental dans le développement industriel en France dès le XIXe siècle. Les bassins miniers du Nord-Pas-de-Calais et de Lorraine étaient les principales sources d’énergie pour les premières usines, les trains, les centrales thermiques d’électricité.

Jusqu’au début du XXIe siècle (2), le charbon a été le moteur du soutien économique fournissant une énergie bon marché pour l’industrie et les transports. Il faut se souvenir qu’après la Seconde Guerre mondiale « les gueules noires » se mobilisèrent pour le redressement du pays et que près de 300 000 personnes travaillaient encore en 1946 dans le « charbonnage ». Progressivement dans la seconde moitié de ce siècle, les sources d’énergie se sont diversifiées avec le pétrole, l’hydraulique et l’épuisement des veines des mines nationales. Le pacte charbonnier a été signé en 1994 permettant aux mineurs de partir à la retraite dans de bonnes conditions sociales. La dernière mine de charbon en France a été fermée en avril 2004 à Creutzwald (Moselle).

Les centrales au charbon

La France en a compté plus d’une quarantaine, construites entre 1910 et 1970, mais presque toutes arrêtées dans les années 2000 avec la progression des centrales nucléaires et celles au fuel ou au gaz. En 2020, il n’en restait que quatre en activité : Cordemais (Loire-Atlantique), Le Havre (Seine-Maritime), Gardanne (Bouches-du-Rhône) et Saint-Avold (Moselle). La loi Énergie-Climat de 2019 accélérait la fermeture des dernières centrales en prévoyant un plafond d’émission d’équivalent CO2 (eq. CO2) par MWh. Sous la présidence de M. Macron, le gouvernement s’était engagé à fermer les centrales françaises d’ici 2022 en fixant le plafond annuel d’émission à 0,7 kilotonne d’eq. CO2 par MW de puissance électrique installée. C’est en effet un souci environnemental et écologique (3) qui a conduit les gouvernements à supprimer progressivement les centrales à charbon, car elles sont polluantes - le tableau ci-dessous l’illustre.

SourceNucléaireHydrauliqueÉolienSolaireBoisGazFuelCharbon
gCO2/kWh6 à 1010 à 2012 à 204550 à 1004906001 000

Par kWh produit, une centrale à charbon émet presque 100 fois plus d’équivalent CO2 que le nucléaire, l’hydraulique, l’éolien ou le photovoltaïque. Les centrales thermiques au fuel, au gaz naturel ou au charbon ne sont utilisées que temporairement pour faire face aux pics de consommation par grand froid en hiver. Ainsi, en 2024, la production due au charbon a représenté 725 GWh, soit 0,13 % de la production d’électricité, et ce durant quelques heures ou jours. Il en résulte qu’une telle centrale thermique ne fonctionnant que quelques centaines d’heures par an est difficilement rentable - et pourtant…

Des fermetures repoussées à 2027 ?

C’est ici qu’intervient GazelEnergie, entreprise du milliardaire tchèque D. Kretinisky, qui a bâti sa fortune en rachetant les centrales thermiques des pays de l’Est de l’Europe. Après des rebondissements sur le fonctionnement et les propriétaires successifs de la centrale de Gardanne, et après la décision de 2018 d’arrêter les centrales au charbon, GazelEnergie rachète en 2021 les deux centrales de Gardanne et de Saint-Avold en promettant de les faire fonctionner l’une (Gardanne) avec la biomasse (bois) (4) et l’autre (Saint-Avold) avec le biogaz ou l’hydrogène vert (5). Il signe alors pour la centrale près de Marseille et de Fos un contrat qui inclut le démantèlement de la centrale à charbon et qui promet le rachat par EDF du MWh à 152 € en 2021, puis à 260 € en 2022. Ces tarifs extravagants sont à remettre dans le contexte de 2022 où l’État craignait la pénurie de production d’électricité due à la moindre disponibilité des centrales nucléaires en période d’entretien. Malgré l’avis négatif de la direction du budget, les ministères de l’Industrie et de l’Écologie signent ce contrat au motif de soutien aux énergies renouvelables.

En 2026, la Cour des comptes calcule que sur 8 ans la facture à payer sera de 800 millions d'euros, pouvant atteindre 1,5 milliard si les prix de l’électricité restent à leur niveau de 2025 (50 €). Elle ajoute que si initialement la centrale devait utiliser annuellement 500 000 tonnes de déchets de bois approvisionnées localement dans un rayon de 250 km (en faisant dresser les cheveux des membres des associations environnementales provençales), elle constate que cette promesse n’a jamais été respectée et que ce sont plus de 200 000 tonnes de bois d’eucalyptus en provenance du Brésil qui ont été acheminées. La Cour souligne le mauvais bilan carbone d’un tel dispositif — déforestation, transport maritime polluant… — qui s’ajoute au scandale financier.

In fine, les élus à l’Assemblée nationale ont voté en 2025 une proposition de loi sur la conversion des centrales à charbon d’ici 2027 vers des combustibles moins polluants. Les difficultés techniques et économiques vont rendre cette proposition difficile à réaliser. L’abandon des investissements en ce sens sur la centrale de Cordemais, les propositions de GazelEnergie à Saint-Avold sur la conversion au gaz accompagnée de l’implantation sur site d’un data center, illustrent les difficultés posées par la rentabilité économique de telles transitions qui s’ajoutent au manque de biomasse disponible dans l’Hexagone.

Jean-Claude Bernier
Mars 2026

 

Pour en savoir plus

 

Crédit illustration : Centrale à charbon, Cordemais, Loire Atlantique, France, par KaTeznik, travail personnel , Wikimedia Commons, licence  CC BY-SA 2.0