Le sommet mondial sur l’énergie nucléaire et l’opinion des Français

Date de publication : Vendredi 27 mars 2026
Rubrique(s) : Éditorial
Illustration : Réacteur à haut flux d'isotopes lors d'un rechargement en combustible. La lueur bleue est due au rayonnement Cherenkov. Crédit : Genevieve Martin, ORNL, Pexels

Le sommet mondial sur l’énergie nucléaire s’est tenu à Paris le 10 mars 2026. Il a réuni une quarantaine de pays européens, du G7 et aussi les États-Unis et la Chine, principaux acteurs du nucléaire. D’entrée, le président Macron a souligné que nous avions besoin du nucléaire source de progrès et d’indépendance, ceci dans un contexte particulier, celui du conflit au Moyen-Orient où la dépendance aux hydrocarbures peut devenir un instrument de pression voire de déstabilisation.

Une stratégie européenne catastrophique

Plus étonnant, le virage à 180° de la Commission européenne, dont sa présidente Ursula von der Leyen a reconnu une erreur stratégique de ces trente dernières années. Entre 1990 et 2026, la part du nucléaire dans la production d’électricité en Europe est passée de 33 % à 15 %. Un choix délibéré de plusieurs pays dont le sien, l’Allemagne, mais aussi celui de l’Italie ou l’Espagne. Une erreur que l’on paye cher aujourd’hui alors qu’on ne produit pas de pétrole sur notre continent. Bruxelles reconnaît maintenant que nous sommes dépendants de fortes importations coûteuses et fluctuantes. La crise au Moyen-Orient qui s’aggrave nous rappelle avec brutalité les vulnérabilités qui en découlent. Vulnérabilité qui frappe non seulement les particuliers devant les prix à la pompe, mais aussi l’industrie, et notamment la chimie devant l’augmentation démente du prix du baril et du gaz.

Elle a souligné aussi que la même observation peut être faite avec la Russie où la guerre en Ukraine a fermé le robinet du gaz dont nous étions accros. Heureusement tous les pays européens n’avaient pas fait une croix sur le nucléaire, la France bien sûr, mais aussi la Finlande, la République tchèque, la Slovaquie, le Royaume-Uni ou encore la Hongrie ont conservé une part non négligeable au nucléaire dans leur mix électrique.

Une nouvelle stratégie

Depuis deux ans on constate une évolution dans plusieurs États, en Belgique, en Italie, au Danemark, en Grèce… L’atome a moins mauvaise presse, et même à Berlin où c’est presque une révolution ! Ursula von der Leyen, au-delà du « mea culpa », en a profité pour présenter la nouvelle stratégie européenne pour les petits réacteurs modulaires (SMR).

La volte-face technologique pour une relance énergétique va s’accompagner :

  • d’une réduction de la bureaucratie réglementaire pour laisser les industriels tester leurs innovations,
  • une harmonisation des critères de sûreté par-delà des frontières pour éviter une surenchère des fourches caudines nationales,
  • l’adoption de modèles communs produits en série, comme le souhaite E. Macron, pour diminuer les coûts afin que l’on n’ait pas à chaque fois à financer un prototype.

Et enfin le nerf de la guerre, l’argent pioché dans le système d’échanges des quotas d’émission de l’UE pour financer les développements de ces technologies.

Et l’avis de Français ?

La dernière enquête Ipsos BVA, réalisée pour Orano à l’occasion de ce sommet mondial, n’est pas un sondage sur l’énergie nucléaire, mais un état des lieux sur la connaissance des Français sur cette source d’énergie. Réalisée tous les deux ans depuis 2019, elle montre une réelle évolution : un encouragement, puisque 61 % des personnes interrogées considèrent que le nucléaire est un atout pour la France contre 47 % en 2019 et seuls 6 % le considèrent comme un handicap contre 34 % en 2019.

Notons que les arguments pour sont l’indépendance énergétique devant une électricité pilotable et bon marché ; les arguments contre, les déchets et le vieillissement des installations.

#not1Un gros bémol cependant : il reste encore 52 % de Français qui pensent que le nucléaire émet du CO2 et contribue au dérèglement climatique. Ils étaient 69 % en 2019, il y a du progrès, mais tout de même ! Alors que la production électrique (1) du parc nucléaire français en 2025 a atteint 373 TWh soit 68 % du mix électrique, et que le mix électrique métropolitain, en y incluant les renouvelables, est à 95 % décarboné(i). Les émissions de gaz à effet de serre en France sont parmi les plus basses du monde, atteignant l’an dernier 19,6 g CO2/KWh contre 178 g CO2/KWh en moyenne en Europe.

Les tentatives d’explication de ces méconnaissances françaises par le comité scientifique de « Connaissance des Énergies » ciblent une faiblesse de l’enseignement scientifique général dans l’Hexagone et des manuels scolaires parfois incorrects et biaisés sur le sujet. Par ailleurs, une confusion sur les aéroréfrigérants présents sur les sites nucléaires qui rejettent de la vapeur d’eau mais que beaucoup s’imaginent rejeter de la fumée riche en GES. Il reste encore dans l’opinion populaire les traces des slogans de certaines associations antinucléaires et des ONG qui ont prétendu à tort que l’énergie nucléaire n’était pas bas carbone et qui restent hostiles à cette énergie — hostilité partagée par une fraction de militants.

Même si de nombreux jeunes (72 %) reconnaissent que l’industrie nucléaire crée des emplois (2) il faut que le monde éducatif puisse aussi faire, comme l’Europe, sa reconversion et accentuer l’information vraie et scientifique en ce domaine. Le nucléaire, pas seulement pour la recherche et l’innovation, a un besoin criant d’ingénieurs, de techniciens et d’agents spécialisés. Mediachimie.org répercute largement ces opportunités dans ses rubriques Métiers (3) et nous continuerons à donner des informations (4) scientifiquement impartiales, crédibles et récentes.

Jean-Claude Bernier et Françoise Brénon

 

(i) Rappelons par comparaison ce qu’émettent en équivalent CO2, les différentes centrales électriques, par kWh produit

SourceNucléaireHydrauliqueÉolienSolaireBoisGazFuelCharbon
gCO₂/kWh6 à 1010 à 2012 à 204550 à 1004906001 000

 

Pour en savoir plus
(1) Quel est le bilan actuel et futur du programme français de production d’énergie nucléaire ?,  P. Rigny et F. Brénon, Question du mois (Mediachimie.org)
(2) Le nucléaire est de retour, J.-Cl. Bernier, éditorial novembre 2025 (Mediachimie.org)
(3) Les chimistes dans : le monde de l’énergie nucléaire, G. Roussel et F. Brénon (Mediachimie.org)
(4) La chimie et sa R&D dans l’industrie nucléaire, F. Drain, Colloque Chimie et enjeux énergétiques, Fondation de la Maison de la Chimie (novembre 2011)


Illustration : Réacteur à haut flux d'isotopes lors d'un rechargement en combustible. La lueur bleue est due au rayonnement Cherenkov. Crédit : Genevieve Martin, ORNL, Pexels, licence CC BY 2.0.