La terre se refroidit-elle ?

Date de publication : Jeudi 12 février 2026
Rubrique(s) : Éditorial
RUe de New York sous la neige fin janvier 2026

–40°C en Caroline aux USA, –50°C au Canada, les Grands Lacs gelés, des millions d’Américains sans électricité et des centaines d’accidents automobiles sur les routes verglacées. Des tempêtes de neige (1) sur l’île d’Hokkaido au Japon avec des précipitations de plus de 4 mètres et plus de 30 victimes. Plus de 30 cm de neige à Nuremberg, 60 cm à Hambourg : la neige paralyse les transports en Allemagne. Plus de 60 cm de neige aussi à Moscou, valeur record jamais vue depuis plus de 80 ans.

Les météorologues constatent qu’un vortex glacial normalement situé au-dessus de l’arctique descend des régions polaires jusqu’à recouvrir la plus grande partie du Canada et des États-Unis. Cette instabilité du vortex est déjà connue et provoque chaque année une période de grands froids, mais elle parait cette année exceptionnelle. Plusieurs explications sont avancées. D’abord, le réchauffement climatique (sic) (2), aussi paradoxal que cela puisse être, la température moyenne élevée de l’atmosphère au-dessus des glaces du pôle Nord entraînerait une instabilité des couches stratosphériques, qui glisseraient vers des latitudes plus méridionales. De nombreux scientifiques contredisent cette hypothèse en notant très justement que cette interprétation manque de données et de mécanismes crédibles basés sur des faits observés. Ils s’appuient sur des données météorologiques qui montrent que, sur la période 1990-2020, l’instabilité du vortex s’est accentuée, et penchent plutôt vers une évolution naturelle du climat.

Les météorologues japonais mettent en cause des courants d’air froids extrêmes venant de Sibérie, se chargeant en humidité dans la mer du Japon, puis rencontrant des atmosphères plus chaudes au nord des îles comme Hokkaido et laissant sur les côtes ouest des précipitations intenses de neige. Ici encore, les températures extrêmement basses en Sibérie orientale, inférieures à –60°C et les températures de l’ordre de –20°C sur Moscou laissent penser que l’influence de l’Arctique, et peut-être du même vortex glacial, y est pour quelque chose. Ces météorologues notent également que la situation océanique dans le Pacifique est proche de l’influence du phénomène La Niña (3).

Et la France, épargnée ? Pas sûr, disent les spécialistes du climat. On a des températures glaciales qui règnent sur la majorité des États-Unis (–20°C), mais on a aussi une douceur agréable sur la Floride. Ce contraste va alimenter le jet-stream, ces vents de haute altitude qu'empruntent notamment les vols transatlantiques. C'est ce qui pousse les avions quand on traverse l'Atlantique d’ouest en est. Là, on est à plus de 320 km/h, c'est tout à fait anormal.

Quand ces vents arrivent sur le sud de l’Europe, et donc sur les côtes de la France, ils emmènent avec eux beaucoup plus d'humidité que d'ordinaire. Car à ce jet-stream surpuissant s'ajoute un autre phénomène : l'Atlantique est 2 à 3 degrés plus chaud que la normale ces derniers jours, et l’eau s'évapore plus que d'habitude. Cette humidité, attirée par le jet-stream, forme alors un couloir chargé d'eau, c'est ce que l'on appelle une rivière atmosphérique, dirigée à grande vitesse vers l'Europe, notamment vers la péninsule ibérique (Espagne et Portugal) et l’ouest de la France. Elle entraine des précipitations qui se déversent sur nos côtes. La Bretagne peut ainsi cumuler l'équivalent de deux semaines de pluie en cinq jours à peine.

De quoi rappeler que la « machine Terre » est complexe et que le climat met en jeu des phénomènes physicochimiques qu’on est loin de bien connaître, où se mêlent les mouvements atmosphériques, la circulation thermohaline des océans, Les GES, l’énergie solaire, etc. On peut cependant rassurer les Bretons : ce n’est pas parce qu’ils ont pu observer des aurores boréales récemment que le Morbihan va se transformer en Groenland, guetté par qui vous savez !

Les mesures de températures globales de la Terre et des couches basses de l’atmosphère, menées par satellites, donnent quelques indications sur la poussée historique des températures : on était en 2024 à +1,55°C (au-delà de la limite visée par les accords de Paris) et en 2025 à +1,44°C marquant un léger retrait de 0,11°C (4). De même, les mesures de l’université d’Alabama donnaient en janvier 2024 + 0,86°C par rapport à la valeur de référence et +0,35°C en janvier 2026, marquant ici aussi un retrait de 0,5°C (5). Cette pause dans l’augmentation de la température globale n’est pas encore due à une baisse de l’activité solaire, comme ce fut le cas de 1650 à 1700 au minimum de Maunder, ni en 1800 au minimum de Dalton, mais des experts de la NASA imaginaient un cycle solaire de ce type après 2026.

Quoi qu’il en soit, ce n’est pas dû non plus à une baisse des émissions de CO2 puisque 2025 a vu battre le record des émissions carbonées avec 42 Gt de CO2 émises. Mais consolons-nous : les vacances de février arrivent, et même en France, pour skier on aura de la neige naturelle !

Jean-Claude Bernier
Février 2026

 

Pour en savoir plus
(1) Comment est la neige cet hiver ?, question du mois (mediachimie.org)
(2) Fluctuations climatique extrêmes et sociétés au cours du dernier millénaire, E. Garnier, Colloque Chimie et changement climatique, Fondation de la Maison de la Chimie (novembre 2015)
(3) Deux enfants terribles pour le climat : El Niño et La Niña, J.C. Bernier, éditorial (Mediachimie.org)
(4) Copernicus Global Climate Highlights 2025, publié en janvier 2026, sur le site Copernicus Climate Change Service
(5) UAH v6.1 Global Temperature Update for January, 2026: +0.35 deg. C, site Dr Roy Spencer’s Global Warming Blog

Crédit illustration : Crooke Ave, Brooklyn, New York, sous la neige (fin janvier 2026) Wil540 art, WikiMedia Commons, licence CC BY 4.0